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Minino Garay
Percussions

L'expression encourageante du titre a fait le tour du monde; elle peut aussi se glisser furtivement dans le langage du charismatique percussionniste argentin.
«Vamos» est ici l'invitation de Minino Garay aux musiciens, pour l'accompagner dans cette nouvelle aventure sonore transculturelle mais aussi au public, pour le suivre à travers les paysages de divers compositeurs convoqués.
«Vamos» est surtout une imprécation, une expression de la volonté de se surpasser, d'aller au-delà de ses propres capacités reconnues et célébrées.
Car le chemin du percussionniste émigré de Cordoba à Buenos Aires, puis de cette ville de tango et de rock vers Paris est un parcours improbable, comme un scénario de film d'aventure, riche d'une progression artistique indéniable et continue. Un chemin de réussite inventé par lui-même dont on connait les joies, mais nullement les souffrances. Pour avancer dans la vie de la musique, ce percussionniste avait pour atout majeur des rythmes folk du nord argentin, qui l' ont aidé à ouvrir les premières portes loin de chez lui. Mais, une fois la surprise exotique conjurée, il lui a fallu beaucoup apprendre, et surtout, croire en lui par-dessus tout. Pour aller de l'avant et transmuter ses limites en énergie illimitée.
Le percussionniste le plus énergumène de Paris -selon la description d'un journaliste reconnu-, avait fait du chemin depuis ses débuts parisiens au sein d'une formation au nom évocateur du sud du monde [Tierra del Fuego], quand la nouvelle diva du jazz, Dee Dee Bridgewater, l'invite à rejoindre sa formation. Chez elle, Minino Garay touche de près un sommet musical qu'il n'aurait même pas osé rêver quelques années plus tôt, lorsqu'il transitait de session en session, sollicité par la fine fleur des jeunes jazzmen français. C’est que la catégorie «percussionniste de jazz» n'existe pas, comme peut exister celle de jazz drummer. Et Garay, même s'il joue de la batterie dans d'autres contextes, n'est pas un batteur «de jazz».
Néanmoins, comme nombre de percussionnistes venus au jazz en provenance d'autres cultures musicales, il propose une palette chromatique et un style résolument personnel. Un style énergique, une façon de crier ¡Vamos! qui a impressionné l'excellent batteur de jazz André «Dédé» Ceccarelli, alors compagnon de toutes les aventures de Dee Dee. Ceccarelli devient son parrain [ou le roi mage] musical.
Depuis, l'homme de Cordoba a continué d'honorer la confiance de Ceccarelli, de Jacky Terrasson, de Magic Malik, et d'autres nombreux musiciens. Se frottant au quotidien des musiciens de jazz, européens ou américains, il a assimilé les secrets de cette musique ouverte à toutes les autres. Écoutant et échangeant avec des percussionnistes du monde, il a incorporé de nouveaux rythmes, essayé d'autres syncopes, frotté d'anciennes peaux et frappé bois, métaux et céramiques inconnus. Toujours avec éclat et sans complexe. Avec le sourire, puisque finalement on ne fait que jouer. À ce jeu, Minino Garay se retrouve naturellement leader de ses propres groupes; dans la sphère du jazz, et dans d'autres contextes musicaux, plus folk, ou proches de la pop. Avec aisance, un jour ici, un autre là; son jeu gagne en élasticité et souplesse. Les histoires racontées mille fois par ses mains, lui montent à la gorge. Et sa voix émerge. «Vamos» est au carrefour de toutes les voies explorées par Garay. C'est un concentré d'expériences et un kaléidoscope expressif. C'est le monde pluriel de Minino et une évocation féline et profonde de Buenos Aires; comme la course nocturne d'un chat de gouttière qui rythme le sommeil des vivants et la danse des esprits de ceux qui n'y sont plus. «Vamos» est un chant-parlé à l'Argentine, à la mémoire du grand compositeur Cuchi Leguizamon (La Arenosa) et du célèbre tanguero Carlos Gardel (Sus Ojos se Cerraron), au souvenir de la jeunesse quittant le quartier d'enfance (Como se Dice en Cordobés) pour la grande ville et ses mille espoirs (Provinciano), aux amours d'émigré dans la nuit parisienne (La Chanson d'Hélène), à la découverte interminable du jazz (Wonderful World), à la pulsation ancestrale africaine (Tama), aux complicités secrètes des exilés (Memoria Colectiva), aux amitiés qui se cultivent (Ovni) et perdurent (Vamos). «Vamos» est donc (aussi) un chant d'amitié. Minino y joue avec ses potes: le guitariste Manu Codja, les pianistes Malcolm Braff et Baptiste Trotignon, le bassiste Jérôme Regard, le flûtiste Magic Malik, le compositeur Lalo Zanelli, l'arrangeur Guillermo Klein, l'ingénieur Philippe Teissier du Cros. Car, ici vous jouez aussi. Et tout le monde suit Garay.
Vamos !